Le monde tel qu’il s’offre à nous aujourd’hui fournit bien peu d’occasions de nous décentrer le temps de quelques heures. Voyager, s’évader, s’envoler, converser avec les cieux, écouter le silence éternel des espaces infinis, n’est ce pas le murmure intérieur qui nous traverse tous, le temps d’une rêverie solitaire ? Sentir le fugace bruissement du vent — et rien que lui — pour retrouver nos sens continuellement stimulés par la sonnerie de la modernité. Se laisser emporter pour un instant par un paysage enchanté révélant la beauté fragile du vaste monde qui nous entoure : voilà le spectacle qui s’ouvre, en embarquant à bord d’un avion, à qui cherche la lumière derrière le hublot. Si le ciel nous fascine, il sert également de bureau à plusieurs dizaines de milliers de navigants en France dont je fais partie en exerçant la profession de pilote de ligne. Au delà de ces paysages médusants et de leur lumière envoûtante, se cache un métier souvent auréolé de mystère et de fascination car assez méconnu du grand public.

« Le silence éternel de ces espace infinis m’effraie »
— Pensée 187, Blaise Pascal

Un métier hors du commun

Le métier de pilote de ligne est, à bien des égards, un métier hors-du-commun. Passer sa vie dans le ciel, relier des villes séparées de plusieurs milliers de kilomètres, traverser des mers, des massifs et des déserts d’un simple coup de réacteur. Contrôler une machine imposante dans un environnement hostile et parfois imprévisible, défier la plus vieille loi du monde : celle de la pesanteur. Travailler avec des équipages toujours différents, usés par la fatigue du vol et les changements de fuseaux horaires traversés à toute vitesse. Autant de facettes qui rendent ce métier à la fois passionnant et intriguant pour qui le regarde d’un œil de Terrien.

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