Le trac des examens et des artistes

                                   LA PEUR
                                                LE TRAC
                                                          LA TIMIDITÉ  
         

Artiste JY – Clairs frissons

 « Ce n’est pas en regardant la lumière qu’on devient lumineux, mais en plongeant dans son obscurité. Mais ce travail est souvent désagréable, donc impopulaire »

 « Votre vision devient claire lorsque vous pouvez regarder dans votre cœur. Celui qui regarde à l’extérieur de soi ne fait que rêver ; celui qui regarde en soi se réveille. »

Carl Gustav Jung – L’homme à la découverte de son âme (1943)

Qu’est ce que le trac ?

Le trac est une angoisse bien connue qui se localise aussi bien dans le cœur, la gorge que dans l’estomac. Submergé par l’émotion, notre corps réagit brutalement par des bouffées de chaleur, sensations d’étouffement, rougissements, tremblements voire dans les cas les plus graves : la paralysie.

Chez les musiciennes et les musiciens, j’ai pu observer chez un pianiste passant une audition, pour un concert à la salle Pleyel, ses doigts, qui jusqu’alors dansaient au gré de sa volonté, se raidir au point de rendre l’exécution impossible. Chez un violoniste, les doigts crispés, se mirent à se déplacer anarchiquement, produisant des sons dignes d’un débutant. Ils ne pouvaient rien y faire, la raideur musculaire, le pire ennemi d’un musicien s’était installé dans son corps, ses émotions rompues et le couperet était tombé, adieu les harmonies, adieu l’agilité sensorielle, bienvenu Monsieur le Trac, envolés tous nos espoirs. Une véritable dévastation de l’être en projection, une machine implacable, briseuse de rêves.

Édouard MUNCH – Le Cri (1893)

Chez les chanteuses et les chanteurs — que je connais bien, travaillant régulièrement dans mon activité de coach autour du rapport à la voix chantée — il est terrifiant d’écouter la respiration qui s’accélère lorsque je les accompagne. La chanteuse (ou le chanteur) a du mal à tenir sa note, à lier les sons, il se sent essoufflé, la voix s’affaiblit et devient atone.

Chez les oratrices et les orateurs, on les voit trébucher avant d’atteindre le micro, les lèvres tremblantes. Ils bredouillent, hésitent, bégaient. L’expression verbale leur échappe et ils tombent médusés face au silence assourdissant de leur impuissance.

 

On rencontre le trac dans de nombreuses situations. Dans une série d’articles à venir, je vous présenterai plusieurs manifestations du trac, de la peur et de la timidité, ainsi que des conseils pratiques pour aborder ces peurs avec plus de sérénité. Aujourd’hui, nous explorerons ensemble deux de leurs expressions les plus répandues à travers l’épreuve des examens et celle non moins engageante des artistes face au public.

Le trac des examens

Le trac des examens est un passage incontournable de tous les étudiants. Impuissance à rassembler les idées, retrouver les formules et les connaissances pourtant acquises, peur de l’échec et de ses conséquences, perte d’estime de soi. À l’oral, il se manifeste par une confusion dans le langage, des erreurs à répétition voire un hors-sujet total. Face à un examinateur malveillant, il peut arriver de dire les bêtises les plus invraisemblables. « Le Rhône se jette bien dans la Manche ? Oui Monsieur ! répondit un jour devant un jury, l’écrivain Anatole France intimidé. Parfois cet excès de timidité peut prendre des airs d’agressivité par le candidat qui a perdu le contrôle de ses émotions.

Le trac des artistes

Le trac des artistes est tantôt un handicap à leur performance, tantôt un moteur qui les pousse à établir la connexion entre leurs émotions et celles du public. À cette question, Jeanne MOREAU — lors d’une interview informelle au Palais Garnier, assistée de Lou BRUDER, en attendant la répétition pour un WAGNER dans la Walkyrie avec mon père Guy CHAUVET — répondit : « Le trac est un mal nécessaire. Tous les artistes devraient avoir le trac. Je pense que le trac est en corrélation exacte avec l’importance qu’un artiste octroie à son art ». À la même question, Guy CHAUVET a répondu bien des années plus tard (sans connaître la réponse de Jeanne MOREAU) : « Je suis d’accord avec l’impératif d’un « trac-combustion » mais il n’est pas la trace d’un bon artiste ou d’un mauvais artiste, il est le seul garant de l’amour que l’on porte à son Art : ici, pour moi la musique, le travail et la générosité que l’on met au service du compositeur et du public qui vient pour en entendre l’essence. Alors, qu’en est-il de ce trac paralysant ? Qui sommes-nous pour nous élever au-dessus de la performance ordinaire en un dixième de seconde ou dans le cas contraire ne plus rien contrôler et perdre tous ses moyens ? » Aujourd’hui, mon père qui a affronté le public, la pression médiatique, l’enjeu de ce qui était sa vie, me laisse sans réponse définitive et pourtant…

Il m’a dit avoir le tract, l’avoir toujours eu, qu’il l’avait encore en pratiquant ses cours pour jeunes chanteurs et chanteuses. Il m’a dit avoir vécu sans cesse avec cet étranger, espérant le conserver jusqu’à son dernier souffle . « Je ne regrette pas de souffrir un peu de cette terrible maladie qui, heureusement, n’est que passagère. Je ne le regrette pas car je bénéficie presque toujours d’une rapide et bienfaisante réaction qui me conduit vers le bonheur d’être ». Il est fort probable que ces artistes n’aient jamais connu le vrai trac, le trac qui fait bondir le cœur, coupe la respiration, rend aphone, fait un trou béant dans la mémoire. Mais il est un trac léger, une émotion presque inévitable qu’un artisan de son art ressent au moment de paraître en public et qui, loin d’être nuisible lui donne une sensibilité plus vive, une compréhension plus poussée du rôle, et lui permet de jouer avec plus de brio et d’authenticité. A cet instant présent, tous les réseaux de connexion s’ouvrent, avec une telle humilité, résonance d’une intensité indescriptible. L’acteur est comme grisé, il est présent dans l’absence de paraître, mon père m’a dit ces mots comme un secret que je vous livre :

« À ce moment-là, nous sommes tout simplement à vif, dans un état de résonance qui nous oblige à ÊTRE ! Nous, les ténors, nous ne sommes que des conteurs sensibles, nous racontons par notre instrument de vie, d’expression, par la voix chantée (dans mon cas), les vibrations divines, sans filtre pour toucher le plus de monde possible »

Édouard CORTES – Boulevard de l’Opéra (1882-1969)

Si, donc le vrai trac est un désastre sur scène, une certaine émotion doit être considérée comme utile et jamais nous ne chercherons à détruire cette émotion si essentielle. C’est sans doute ce premier degré de trac auquel font allusions les artistes qu’il m’a été donné de voir s’exprimer. Dans ce cas je me déclare pleinement d’accord avec Régine CRESPIN, qui tout en souffrant du trac, en considère surtout le côté utile. Sans qu’elle s’en doute, c’est un moyen indirect de lutter contre lui :
« Le trac, dit-elle, maladie des débutants, pense le commun des mortels. Quelle erreur ! Il s’accroît au contraire avec la notoriété : plus on monte en grade, plus on en est la victime ».

Quelques conseils

Écrivez vos formules, votre texte sur une grande feuille ou un carton. Posez-le en face de votre lit, regardez-le quelques instants avant de vous endormir, pour qu’il soit gravé dans votre mémoire visuelle. L’idéal est d’associer suggestion auditive et suggestion visuelle, de répéter à voix basse les paroles en les lisant sur le carton.

Certains auteurs prétendent, notamment Charles Clerc — ce qui me paraît inexact — que le trac réside seulement dans le manque de préparation. Une personne serait prise par « le trac parce qu’elle n’aurait pas suffisamment étudié son sujet et s’en remettrait partiellement à la chance. L’artiste n’aurait pas assez travaillé son rôle, et, pour cette raison, craindrait la défaillance de sa mémoire ou aurait trop compté sur sa facilité d’improvisation ».

Je ne suis pas d’accord avec ce point de vue partiel, le trac ne réside pas seulement dans le manque de préparation : combien de candidats consciencieux, d’artistes, pendant de longs mois, ayant répété leur rôle, des conférenciers bardés de documents, sont désarçonnés par le trac lorsqu’ils rencontrent un jury ou le public ?

Néanmoins, une préparation insuffisante prédispose au trac. La base manque, le terrain est instable, on a plus de chances de s’enliser, c’est pourquoi celui qui veut échapper à cette peur panique devra avant toute chose bien se préparer. Laissons de côté le traitement médical, peu efficace à mes yeux, et le traitement psychanalytique, que je réserve aux spécialistes et qui sera utilisé surtout concernant le trac sexuel que j’aborderai dans un article ultérieur. En revanche, si le travail de préparation est inéluctable, l’autosuggestion reste un outil à la portée de tous.

Fixez votre carton et laissez les formules pénétrer votre esprit. Répétez à voix basse, enregistrez-vous et réécoutez-vous en train de réciter ce que vous devez apprendre en marchant dans la rue ou dans les transports par exemple. Faites et refaites cet exercice jusqu’au moment où vous sentirez la confiance couler dans vos veines.

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  1. Rose

    Vous dire comment j’ai  »connu » Claire, serait trop long
    Ce que je peux affirmer, c’est que Dieu la mise sur ma route et je le remercie
    C’est une professionnelle dotée d’un cœur énorme.
    Perdue, mal, elle a su me redonner espoir, confiance
    C’est une personne extraordinaire, qui m’a appris à rire à nouveau.
    J’ai retrouvé calme et apaisement
    J’ai un profond respect pour vous Claire
    Continuez à nous redonner envie
    Merci

  2. Rose

    Bravo pour ce que vous faites

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