Covid-19 — L’écho de nos silences perdus

Le COVid-19 s’envole, un murmure assourdissant !

…un serpent qui siffle sur nos maux
…le murmure de nos maux intérieurs
…musicien d’une nouvelle génération solitude
…un murmure de résilience se fait entendre
…une passerelle du silence à la parole intérieure  

 

Insaisissable nous saisissant – Lucas BALZER (Lou BRUDER)

Nous plions tous devant…

L’INSAISISSABLE NOUS SAISSISSANT

écrivait Lou BRUDER dans son recueil de poèmes ardents.

« Pour le ciel chacun raconte sa licorne ! »


Bonjour à vous,

Cette période de silence obligatoire, que nous traversons est assourdissante ! Elle nous sidère et nous immobilise dans un arrêt, du temps dans le temps de nos fragiles courses humaines.

Imaginez, un instant que nous soyons plongés dans un conte intitulé, il était une fois, le Covid-19, enfin paru, en édition spéciale mais nos librairies sont closes.

Un sentiment d’absurdité, vous envahit ? moi aussi, soyons fous !
Écoutons… écoutez votre intuition sensible !

Entendez, chères lectrices, chers lecteurs, le murmure de cette alarme. Pareil à un son inconnu, qui serait harmoniquement modifié, un son qui se propage au lointain.

Nous nous sentons, désormais, inéluctablement attirer par sa musique qui devient de plus en plus perceptible, audible, au seuil même du supportable pour nos oreilles humaines.

Pour s’en échapper, ouvrir la porte du temps dans le temps, notre ultime recours, face à cette musique assourdissante !

L’art de la saturation, MARC CHAGALL

Marc Chagall, La Danse, 1950-1952, huile sur toile de lin.

Ouvrir cette porte, qui s’élève devant nos peurs, et découvrons là, délicatement posée, à même le sol, une boîte connue de notre mémoire collective ! La boîte de Pandore ? ! Celle qui contient l’espoir, l’espérance de l’humanité ? Elle lui ressemble à se méprendre, on pourrait la confondre et pourtant, en y regardant de plus près … Tendez-l’oreille à nouveau… Écoutez-bien !

Ce n’est pas celle de nos maux humains ou l’espoir seul persiste mais celle du temps qui file, label de notre finitude. Pour autant, nous n’en avons aucune perception réelle, puisque nous sommes hors du temps et de l’espace, ici et maintenant, au pays d’il était une fois le Covid-19 !

Regardons vraiment, ensemble, ce qui se dresse devant nous, une porte vertigineuse, celle des Temps Modernes.

L’alarme Covid-19 est là, posée près d’une montre, dans un tiroir ou une boussole noire rayonne. Écoutons, encore et encore ce qu’elle nous chuchote, des maux oubliés de nos humanités arrogantes.

Entendons qu’elle nous invite à nous rappeler que le temps que nous consommons ici, n’est pas seulement le temps abstrait de la physique, mais bien celui de la durée.

Cette durée qui est en parallèle du temps et de l’espace, une continuité indivisible, incompressible, elle est le temps vécu, irréductible au temps mesuré.

Écoutons, alors, encore et encore, attentivement cette boite à musique qui nous invite à ralentir, à sentir au plus profond de nous, l’ineffable consistance de notre passage éphémère sur cette planète.

Nous sommes devenus Persona non grata au pays de la fée Corona !

De la même manière dont nous écoutons, obligés et forcés, cette musique de jadis, du temps de l’enfance, celle de notre intime parole silencieuse hors d’un temps révolu. S’il est vrai, que le temps est aussi, avec certitude, en quelque sorte, la condition et le milieu au sein duquel se déploient les phénomènes.

Ce phénomène épidémiologique, le Covid-19, dont nous sommes tous les acteurs, les spectateurs, les victimes, joue une partition d’un tout autre registre, une musique ou la nature résonne de toute sa puissance légitime. Nous laissant généreusement entrevoir, qu’il est temps, de redéposer la vie dans son écrin précieux, en nous délectant de ce temps d’un autre temps, s’en feindre d’oublier que nous ne sommes que de pauvres mortels.

Alors, oui, cet espace ou le temps s’est arrêté est étrangement et silencieusement bruyant, et pourtant … Quel silence ! Je parle du silence étouffé, qu’hier encore, était parole bruyante et mots dominants… Aujourd’hui, un silence se fait entendre en notre for intérieur.

Quelle parole concurrente pourrions-nous proférer dans ce silence impétueux ?

Celle de Ionesco me revient, il écrivit dans son Journal en Miettes :

« Le mot empêche le silence de parler »

Il est vrai que nous ne parlons qu’aux heures où nous ne vivons pas… La langue de l’âme est le silence, pensions-nous !

Alors, comment, aujourd’hui pouvons-nous traduire ce silence par le langage des mots ? Autrement dit l’insaisissable nous saisissant !

Le langage de l’âme, l’âme même des choses n’est pas dans les mots… Pourtant aujourd’hui, silence et langage, espace et temps, durée se côtoient comme les meilleurs ennemis d’un monde malade, nous obligeant en toute conscience à modifier nos comportements, nos croyances et notre langage émotionnel et relationnel… Il était temps !

Force est de constater, qu’il y a encore quelques semaines, il était difficile de faire silence, ce qui empêchait d’entendre cette parole de l’intérieur qui nous est venue comme par magie de l’extérieur.

Notre société inconsidérée, nous enjoignait de se plier au bruit afin d’être partie intégrante du tout plutôt que de se sentir à l’écoute de soi. Ainsi, se trouve modifiée la structure même de l’individu, mais aujourd’hui, la structure même du bruit que nous produisons s’en trouve inversée par voie de conséquence ; comme pour nous obliger, à l’insu de notre plein gré à revenir à des randonnées solitaires, pareil à des amoureux perdus qui se regardent et se taisent, en quête de silence, tout en étant plus sensible à sa texture, son onctuosité. Il nous faut laisser jaillir une solitude à deux, nous permettant d’être à l’écoute, discret et plus intensément encré dans le respect du vivant.

Ce sont bien la consommation sur les réseaux sociaux, les informations sans fondement, les explications pseudo-savantes qui accentuent le tapage et fragilisent nos existences. Et c’est dans ce nouvel espace urbain qui se dessine que nous reprendrons le fil rouge de cette vie si belle et si fragile.

Cette vie même, mis en quarantaine, nous force à jouer de nos résonnances intérieures, pour enfin faire s’exprimer nos imaginations en cage, et nous mettre à l’abri de nos addictions déraisonnables.

Vilhelm Hammershøi (1864-1916)

Il nous faut profiter de cette peste moderne, pour apprendre à aimer nos solitudes, savoir se retirer dans un roc émotionnel qui préserve notre tendresse pour nous-même et pour les autres. Il est temps de célébrer la rencontre de nos solitudes, dans ce moment si particulier ou la parole est vaine, le silence obligatoire, la relation interrompue, le temps ralenti…

Je voulais juste vous écrire, ma colère, mon amour, mon espérance et faire à toutes les personnes qui aiment la vie à la folie, une révérence face à cette passerelle qui nous emmène là ou nos âmes sont sereines, et douées de sagesse. Merci de votre curiosité !

Profitez-tous, de cet arrêt sur image et prenez-soin les uns des autres autrement ! 

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  1. Sylvie

    Merci infiniment Claire de m’avoir montré le chemin du silence !

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